Fiche de police au Maroc : déclarer ses voyageurs en location courte durée
Loi 80-14, bulletin individuel d'hébergement, STDN, cas des appartements Airbnb : ce que l'hôte doit collecter, déclarer et garder, et ce qui reste flou.
Au Maroc, ce que tout le monde appelle la « fiche de police » est l'enregistrement de l'identité des voyageurs que vous hébergez. Pour les établissements touristiques et les autres formes d'hébergement prévues par la loi n° 80-14, la règle est écrite : chaque voyageur présente une pièce d'identité et signe un bulletin individuel d'hébergement à son arrivée, l'exploitant télé-déclare ses données le jour même et conserve le bulletin pendant un an.
Pour un appartement entier loué sur Airbnb par un particulier, la réponse est moins nette. Ce type de location n'entre clairement dans aucune catégorie de la loi, et certaines autorités locales ont fixé leurs propres consignes, comme à Marrakech début 2025.
Ce guide sépare ce qui est établi de ce qui ne l'est pas, puis propose une routine pour ne jamais être pris de court.
Informations vérifiées en octobre 2026 à partir des textes officiels : loi n° 80-14 relative aux établissements touristiques et aux autres formes d'hébergement touristique (dahir n° 1-15-108, Bulletin officiel n° 6404 du 15 octobre 2015) et son décret d'application n° 2-23-441.
Ce que dit la loi 80-14 : déclarer, faire signer, archiver
Le chapitre IV de la loi n° 80-14 consacre trois articles à la déclaration des voyageurs. Ils visent « tout exploitant d'un établissement d'hébergement touristique ou d'une autre forme d'hébergement touristique » :
- Article 36, la télé-déclaration. L'exploitant déclare chaque jour à l'administration, par voie électronique, les données de ses clients, le jour de leur arrivée, dans le respect de la législation sur la protection des données personnelles.
- Article 37, la pièce d'identité et le bulletin. Dès l'arrivée, l'exploitant exige de ses clients la présentation d'une pièce d'identité, ainsi que le remplissage et la signature d'un bulletin individuel d'hébergement, dont le modèle est fixé par voie réglementaire.
- Article 38, l'archivage. Ces exploitants sont dispensés du registre de clientèle et du dépôt des bulletins prévus par le dahir du 11 janvier 1932 sur les meublés. En contrepartie, ils archivent les bulletins pendant un an et les tiennent à la disposition de la Sûreté nationale (DGSN) ou de la Gendarmerie royale, sur leur demande.
Ne pas remplir l'une de ces obligations de déclaration ou d'archivage est puni d'un à six mois d'emprisonnement et d'une amende de 50 000 à 100 000 dirhams, ou de l'une de ces deux peines seulement (article 48). En cas de récidive, les sanctions sont doublées (article 50).
Retenez le délai : le jour de l'arrivée, pas une déclaration groupée en fin de semaine. Et le bulletin est individuel : les accompagnants comptent autant que la personne qui a réservé.
Qui est concerné : les cas clairs et la zone grise
Les cas clairs. La loi 80-14 vise les établissements d'hébergement touristique de son article 3 (hôtel, hôtel club, résidence de tourisme, maison d'hôtes, riad, kasbah, gîte, pension, camping) et les « autres formes » de l'article 29 : bivouac, hébergement alternatif et hébergement chez l'habitant, où un particulier accueille des touristes dans l'habitation où il élit domicile.
Ces activités demandent une autorisation : délivrée par le gouverneur après classement provisoire pour un riad ou une maison d'hôtes ; demandée à l'autorité locale et valable cinq ans, renouvelable, pour l'hébergement chez l'habitant (décret n° 2-23-441). Si vous exploitez un riad ou une maison d'hôtes autorisés, la question ne se pose pas : la déclaration vous concerne.
La zone grise. Un appartement entier, qui n'est pas la résidence de son propriétaire et qui est loué sur Airbnb ou Booking.com, ne correspond clairement à aucune de ces catégories : l'hébergement chez l'habitant suppose que l'hôte y vit. C'est notre lecture du texte, et les autorités reconnaissaient elles-mêmes, en avril 2024 selon la presse, que la plupart de ces locations « échappent » au code du tourisme.
Échapper à la loi 80-14 ne veut pas dire échapper à toute règle. Un juriste cité par Le360 en juillet 2026 estime que ces meublés relèvent du dahir de 1932, qui impose de déclarer l'activité et d'enregistrer ses locataires auprès des autorités de sécurité et fiscales. Nous n'avons pas pu lire ce texte : prenez-le comme un avis d'expert, pas comme une règle vérifiée.
Sur le terrain, les consignes viennent aussi de l'autorité locale. À Marrakech, en janvier 2025, une commission pilotée par la wilaya a demandé aux propriétaires d'appartements meublés de faire remplir une fiche aux occupants, de consigner arrivées et départs comme un hôtel et de transmettre ces données aux services de sécurité ou à l'administration territoriale, selon la presse locale, qui ne cite aucun texte de loi. Si vous louez à Marrakech, partez de là. À Agadir, nous n'avons trouvé aucune procédure publiée : interrogez l'autorité locale de votre quartier.
Enfin, le cadre bouge. Le ministère du Tourisme a annoncé en juillet 2025 un arrêté visant les hébergements non déclarés, dont ceux de type Airbnb ; en janvier 2026, le secrétaire d'État au Logement a indiqué que des décrets limitant la location courte durée hors zones touristiques étaient en préparation. À notre connaissance, aucun de ces textes n'était publié au 5 octobre 2026.
Dans la zone grise, la position prudente tient en une phrase : collectez les mêmes informations qu'un établissement autorisé, gardez-les, et demandez à l'autorité locale dont dépend le logement (caïdat ou annexe administrative) ce qu'elle attend de vous. Un avocat habitué au tourisme peut vous aider à trancher votre cas.
La plateforme STDN : ce qui est confirmé, ce qui ne l'est pas
Ce qui est confirmé : il existe une plateforme de télé-déclaration destinée aux professionnels de l'hébergement, STDN (www.stdn.ma), lancée en 2019 par le ministère du Tourisme, le ministère de l'Intérieur, la DGSN et la Gendarmerie royale. Le site était en ligne le 5 octobre 2026.
Ce qui ne l'est pas : qu'un particulier sans autorisation touristique puisse s'y inscrire, ou qu'il doive le faire. Nous n'avons pas non plus trouvé de plateforme nationale de déclaration ouverte aux hôtes privés. Méfiez-vous des articles qui affirment que tout hôte Airbnb doit passer par STDN : rien de ce que nous avons pu vérifier ne le dit. Sans autorisation, suivez la procédure que vous indiquera l'autorité locale.
Quelles informations collecter pour chaque voyageur
La loi exige une pièce d'identité et un bulletin signé, mais renvoie le contenu du bulletin à un modèle réglementaire : demandez le modèle en vigueur à l'autorité qui recevra vos déclarations. En pratique, collectez au minimum de quoi identifier chaque occupant et retracer son séjour :
- nom et prénoms, tels qu'ils figurent sur la pièce d'identité ;
- nationalité et date de naissance ;
- type et numéro de la pièce présentée (carte nationale ou passeport), avec sa date de validité ;
- pays et adresse de résidence, téléphone ou e-mail ;
- dates d'arrivée et de départ prévues, et logement occupé ;
- les mêmes informations pour chaque accompagnant, pas seulement pour la personne qui a réservé, et au moins l'âge des enfants.
L'âge des enfants sert aussi ailleurs : les moins de 12 ans sont exonérés de taxe de séjour, comme l'explique notre guide de la taxe de séjour au Maroc.
L'article 36 impose aussi le respect de la protection des données personnelles : ne demandez que ce qui sert, stockez les pièces dans un seul endroit sécurisé, et évitez que des photos de passeports circulent sur les téléphones de l'équipe.
Une routine simple, du check-in à l'archive
La déclaration est pénible au comptoir, passeports en main, devant un voyageur fatigué. Elle devient une formalité quand les informations arrivent avant lui. Une routine qui fonctionne, logement autorisé ou non :
- À la réservation, envoyez un lien de check-in en ligne : chaque voyageur saisit son identité et celle de ses accompagnants.
- 48 heures avant l'arrivée, vérifiez que le dossier est complet : nombre d'occupants conforme à la réservation, pièces lisibles, âge des enfants renseigné. Relancez sinon.
- À l'arrivée, comparez la pièce originale aux informations reçues et faites signer le bulletin si votre activité y est soumise.
- Le jour même, faites la déclaration : télé-déclaration pour un établissement autorisé, procédure indiquée par l'autorité locale dans les autres cas.
- Après le départ, rangez le bulletin et les données du séjour au même endroit, retrouvables par date, et conservez-les au moins un an.
- Chaque trimestre, contrôlez trois séjours au hasard : le dossier est-il complet, la déclaration faite, le document retrouvable en deux minutes ?
Le check-in en ligne de RentDari prend en charge les deux premières étapes : il recueille avant l'arrivée l'identité et les coordonnées de chaque voyageur et de ses accompagnants, et garde le dossier attaché à la réservation, dans le même lien que le contrat (voir notre modèle de contrat de location saisonnière). RentDari ne transmet rien à la police ni à la commune : il vous évite de recopier des passeports, la déclaration reste votre geste. Le module est inclus dans tous les plans, y compris le plan Gratuit.
Les erreurs qui coûtent cher
- Croire que la plateforme s'en charge. La loi 80-14 met l'obligation sur l'exploitant. Une réservation Airbnb ou Booking.com ne vaut pas déclaration.
- N'enregistrer que la personne qui a réservé. Un groupe de quatre, ce sont quatre identités à collecter.
- Déclarer le lendemain. Le texte parle du jour de l'arrivée : une arrivée tardive se prépare dès l'après-midi.
- Ne rien archiver. Sans archive, impossible de prouver qu'une déclaration a été faite.
- Se fier à une « loi Airbnb » lue sur un blog. Beaucoup d'articles annoncent des plafonds, des numéros d'enregistrement ou des amendes absents des textes. Les règles propres à Airbnb ont été annoncées, pas publiées.
Questions fréquentes
La fiche de police est-elle obligatoire pour un appartement loué sur Airbnb ?
Pour un établissement autorisé ou un hébergement chez l'habitant, oui (articles 36 à 38 de la loi 80-14). Pour un appartement entier loué par un particulier, le texte n'est pas clair, mais des autorités locales l'exigent déjà, comme à Marrakech. Collectez les identités dans tous les cas et demandez la procédure à votre autorité locale.
Quelles sanctions en cas d'oubli ?
Pour les exploitants soumis à la loi 80-14 : un à six mois d'emprisonnement et 50 000 à 100 000 dirhams d'amende, ou l'une des deux (article 48), doublées en cas de récidive (article 50). Nous n'avons pas vérifié les sanctions applicables hors de cette loi.
Puis-je m'inscrire sur STDN comme particulier ?
Ce n'est pas confirmé. La plateforme a été conçue pour les professionnels de l'hébergement : posez la question à votre autorité locale avant de créer un compte.
Dois-je demander un acte de mariage à un couple ?
En 2024, le ministre de la Justice a déclaré qu'aucun texte ne permet aux hôtels d'exiger un acte de mariage, et les hôtels ont reçu des instructions verbales en ce sens. L'article 490 du Code pénal reste toutefois cité comme un risque, et nous n'avons rien trouvé de spécifique aux locations privées. Pour un cas précis, demandez conseil à un professionnel du droit.
Cet article est une information générale sur le droit marocain, à jour à la date indiquée ; il ne constitue pas un conseil juridique. Pour votre situation, adressez-vous à l'autorité locale ou à un professionnel du droit.